CHAPITRE 14

Quelle est la différence entre un sabre laser et un tube lumineux ? À peu près deux cents degrés !

 

Jacen Solo, quinze ans

 

Se remettre à transpirer lui faisait du bien. La séance d’entraînement à l’extérieur n’était pas le seul exercice auquel avait pris part Jaina depuis son retour sur la base secrète de Shedu Maad, depuis qu’elle était revenue mal en point après avoir échoué à tuer Caedus sur Nickel Un. Mais aujourd’hui, pour la première fois, Cilghal lui avait permis d’y aller à fond, de prouver à Luke et à tous les autres qu’elle était prête à repartir au combat.

Jaina se jeta sur Zekk, le pliant en deux avec un puissant coup de pied à l’estomac, puis s’accroupit avant de comprendre la raison de ce mouvement lorsqu’un électrobâton vint frapper la zone où se trouvait son cou un centième de seconde plus tôt. Elle exécuta aussitôt un balayage de jambe, accrochant un mollet recouvert de fourrure qu’elle fit décoller du sol.

Lowbacca grogna de surprise et tenta de transférer son poids sur son autre jambe, mais Jaina l’attaquait déjà sur le flanc, lui donnant un coup d’épaule qui le fit tomber. L’électrobâton heurta l’épaule de Zekk avec un crépitement aigu lorsqu’il libéra son choc paralysant. Jaina frappa le dos de Lowbacca de la « lame » flexible de son propre bâton puis entendit Jag se précipiter derrière elle, mais elle le projeta en l’air d’un coup de pied arrière dans l’estomac.

Tesar fonça sur elle comme un rancor, la repoussant avec une suite de coups de canne et de pied écailleux, ses yeux noirs de Barabel écarquillés par le plaisir de combattre. Jaina para une frappe à la tête, bloqua un coup de pied à l’estomac en enfonçant son coude dans sa voûte plantaire puis attrapa l’énorme bras qui voulait la gifler à la tête et bondit pour entourer, des jambes, la taille de son adversaire et le choquer trois fois dans les côtes avant que son système nerveux reptilien détecte les éclairs paralysants puis qu’il tombe dans l’herbe, telle une masse d’écaillés tremblante.

Jaina fit une roulade sur l’épaule et se releva face à son dernier adversaire, mais Jag était assis de l’autre côté de la cour. Il tentait de reprendre son souffle et frottait, sur son avant-bras, une zébrure rouge qu’il s’était apparemment faite avec son propre électrobâton.

— Tu n’étais pas obligé de te choquer toi-même, le taquina Jaina en désactivant son électrobâton. Tu aurais simplement pu dire stop.

Jag ne sourit pas, mais ses yeux de duracier se mirent à scintiller légèrement.

— Je n’en suis pas si sûr, dit-il. Tu as de nouveau ce regard sauvage.

Jaina n’avait nul besoin de demander de quel regard il s’agissait. Elle savait que c’était celui qu’elle avait appris sur Keldabe, lorsque Beviin lui avait enseigné l’art de s’oublier dans un combat. Elle regarda ses quatre adversaires qui se reposaient encore dans l’herbe en tentant de reprendre leur souffle et de laisser leurs systèmes nerveux se remettre des chocs qu’ils avaient reçus.

— Vous voulez remettre ça ?

Elle regarda vers le périmètre de la cour où ses parents, son oncle et plusieurs Maîtres observaient la session d’entraînement. Derrière eux, un des bâtiments miniers tachés d’ambre servant de foyer aux Jedi les surplombait, les couronnes mobiles de quelques dizaines d’arbres kolg dépassant du toit de tôle ondulée de la bâtisse.

— Peut-être que Maître Durron acceptera de vous aider, reprit-elle.

Si ça ne leur prouvait pas qu’elle était prête à repartir après Caedus, rien n’y parviendrait.

— L’entraînement est fini, Jedi Solo, dit Cilghal. (La Maître Mon Calamari entra dans la zone de combat en tenant un grand bio scanner dans ses mains palmées.) Vos blessures ne vous font plus souffrir, mais elles ne sont pas guéries pour autant.

— Elles le sont suffisamment, répliqua Jaina. Caedus récupère lui aussi, vous savez.

— Alors peut-être que quelqu’un d’autre pourrait harceler la proie pendant que vous vous remettez, dit Tesar toujours assis sur le tapis. Et adorerait prendre le relais.

Jaina le regarda.

— Sans vouloir t’offenser, Tesar, dit-elle en levant un sourcil. Mais si je ne suis pas prête, comment se fait-il que tu sois par terre ?

Les lèvres grenées de Tesar se plissèrent dans un mouvement de surprise tout reptilien, puis il frappa sa queue contre l’herbe et se mit à siffler de manière presque incontrôlable.

— Ssans vouloir m’offenssser ! (Il frappa de nouveau avec sa queue.) Vraiment très drôle !

Lowbacca souffla de surprise, puis il regarda Tesar et secoua la tête. L’humour barabel restait énigmatique, au moins pour les Wookiees.

Zekk se leva, l’air un peu embarrassé, et s’avança vers Jaina.

— D’accord, tu as peut-être raison, dit-il. Mais si tu te blesses de nouveau en t’entraînant, que feras-tu alors ? Caedus se sera remis et pas toi.

Jaina y réfléchit puis poussa un soupir.

— Tu es sans doute la voix de la raison. (Elle leva les bras afin que Cilghal puisse passer le bio scanner devant ses côtes.) Très bien. Allons chercher des panneaux à fracasser.

— Des panneaux ? dit Jag en se précipitant vers elle. Jaina, écoute Zekk. Tu dois...

— Le point de rupture est une technique de Force, pas une prouesse physique, dit Luke. Et Jaina a besoin de s’entraîner. Cela ne devrait pas aggraver ses blessures. (Il se tourna vers Cilghal). N’est-ce pas ?

Cilghal examina le bio scanner un instant puis hocha la tête.

— Tant que vous ne pliez pas votre corps trop violemment, Jedi Solo.

— Merci, dit Jaina. Je ferai attention.

Tandis que Zekk et les autres allaient chercher des panneaux au bord du tapis d’entraînement, Jaina ferma les yeux et se lança dans un exercice de respiration pour se vider l’esprit. Au cours d’un de ses débriefings avec Luke, elle lui avait raconté comme Jacen avait utilisé le point de rupture pour détruire le beskar’gam de Roegr. Luke l’avait surpris en lui proposant de lui apprendre cette technique.

Jaina n’aurait pas dû être étonné d’apprendre que son oncle la maîtrisait, mais elle l’était néanmoins. Elle avait bredouillé quelques mots sur le fait qu’il s’agissait d’un art perdu et que rares étaient ceux qui parvenaient à s’en servir. Luke s’était contenté de sourire et avait répondu qu’un art n’était pas perdu simplement parce qu’il n’était utilisé que par une poignée de personnes et que si son frère jumeau était l’un des rares à pouvoir l’apprendre, elle le pouvait aussi.

Lorsque Jaina se fut vidé l’esprit, elle retrouva ses quatre adversaires d’entraînement face à elle, en demi-cercle. Chacun d’entre eux tenait un petit panneau devant lui, les jambes arc-boutées et les coudes bloqués pour que le bois ne bouge pas lorsqu’il serait heurté.

Jaina ne prit pas le temps d’examiner ses cibles, ni d’assurer ses frappes. Elle se contenta de regarder le panneau que tenait Jag, une plaque de homogani de cinq centimètres d’épaisseur. Elle vit comment la Force reliait ses atomes, la façon dont ils étaient organisés en longues lignes qui donnaient son grain au bois et où exactement ce grain pouvait être fendu. Puis elle avança la main et laissa le bout de ses doigts toucher l’endroit qu’elle avait vu. Elle sentit alors la Force passer par sa paume et se précipiter sur ce point faible, brisant les liens qui unissaient la plaque.

Le homogani ne se contenta pas de se fendre, il se brisa et Jag se retrouva avec deux minuscules fragments dans les mains et un tas d’éclats à ses pieds.

— Bien joué, dit-il.

Jaina s’était déjà tournée vers le panneau que tenait Zekk, un plastron de plastoïde confisqué à un stormtrooper capturé. Elle vit le plastoïde comme elle avait vu le homogani et ne perçut pas de vrai grain, mais seulement des couches de polymère qui se croisaient dans toutes les directions possibles, avec un seul endroit où les couches étaient particulièrement fines. Elle approcha de nouveau la main. Le plastron se brisa en une dizaine de morceaux et tomba sur l’herbe aux pieds de Zekk. Jaina se tourna ensuite vers Tesar et toucha la petite plaque carrée de hfredium qu’il tenait. Elle se brisa en triangles et tomba en voltigeant des mains du Barabel.

Elle se tourna enfin vers Lowbacca qui tenait un disque de pur beskar que Luke avait réussi à acheter à l’un des vendeurs d’armes que les Mandaloriens fournissaient désormais librement. Elle faillit hésiter, mais s’efforça de ne pas penser, de simplement voir et agir, et avant qu’elle s’en aperçoive, sa main pointait vers le cœur d’une spirale de cristaux de métal soigneusement ouvragés.

Et le disque se brisa, exactement comme le plastron de Roegr l’avait fait lorsque Caedus l’avait heurté avec le pommeau de son sabre laser.

Derrière Jaina, son père laissa échapper un grand cri gênant.

— Pourquoi s’embarrasser d’un sabre laser ? s’écria Han. Je n’ai rien vu d’aussi impressionnant depuis que ta mère a étranglé Jabba avec une chaîne.

— Han, tu n’as même pas vu ça, dit sa mère. Tu étais figé dans la pierre, tu te rappelles ?

Jaina se tourna vers sa mère et la découvrit en train de se tapoter la tempe près des yeux tandis que son père agitait le poing en l’air. Mais ce fut la porte, une dizaine de mètres derrière eux, qui attira son attention. Un beau jeune homme aux cheveux roux et possédant les yeux bleus de son père venait de la traverser, accompagné de deux Hapiennes bien habillées.

— Ben ? dit Jaina en écartant les bras et en traversant l’herbe en courant pour l’accueillir. Tu es revenu !

Elle le serra fort et tourbillonna sans se soucier de savoir s’il avait envie de parler ou même de respirer.

— Ne fais plus jamais ça ! lui ordonna-t-elle.

Ben parvint à se dépêtrer.

— Faire quoi ?

— T’éloigner de tes renforts ! dit Jaina. À quoi pensais-tu ?

Elle remarqua enfin les femmes qui l’accompagnaient et fut si distraite qu’elle n’entendit pas la réponse de Ben. Il s’agissait de vraies jumelles de la noblesse hapienne, dotées des beaux habits et du port hautain des femmes de cette classe. Mais elles étaient plus que ça. Avec leurs longs nez droits, leurs sourcils en arc de cercle et leurs yeux rouges et soyeux, elles étaient forcément parentes de Tenel Ka, et sans doute assez proches.

— ... à empêcher que tante Leia et toi ne vous fassiez capturer, expliquait Ben. C’est le protocole dans les situations comme celle dans laquelle nous étions sur la Place des Monuments, et c’était la bonne chose à faire.

— En effet, convint Leia en les rejoignant. Bienvenue. Et excuse Jaina s’il te plaît. Elle s’inquiétait pour toi. Comme nous tous.

— Merci, tante Leia. (Ben lui sourit brièvement puis regarda de nouveau Jaina et se renfrogna.) Je suis un Jedi, Jaina, et j’ai un travail à accomplir, tout comme toi. Si tu veux que nous continuions à travailler ensemble, tu vas devoir t’en souvenir, d’accord ?

Jaina haussa un sourcil.

— Ouais, évidemment, Ben. Désolé. (Elle regarda les deux femmes qui l’accompagnaient.) Qu’est-ce que vous lui avez donné à manger ?

Les deux femmes se regardèrent puis celle de droite dit :

— Ce n’est pas notre faute si vous n’arrivez pas à tenir vos hommes. Nous n’avons fait que le livrer à Sa Majesté, comme on nous l’a ordonné.

Ben secoua la tête puis se tourna vers son père qui se tenait en silence près de Leia.

— C’est bon de te voir, papa, dit-il. Au moins, tu ne me traites plus comme un enfant. Merci.

— De rien, Ben, dit Luke. Mais inutile de me remercier. Je t’ai simplement donné une mission et tu t’en es sorti brillamment. Sans toi, nous n’aurions jamais su où chercher Caedus et nous n’aurions pas appris ce qu’il préparait dans le système de Roche.

Ben sourit une seconde puis serra son père dans ses bras. Jaina fut surprise de s’apercevoir qu’il était déjà presque aussi grand que Luke. Dans un an, il l’aurait même dépassé.

— J’ai sans doute eu un bon professeur, papa. (Au bout d’un moment, Ben se libéra et recula en reprenant une expression sérieuse.) Mais il y a eu un problème lors de mon évasion. Un gros problème...

— Il y en a toujours, petit, dit Han. De quoi s’agit-il ?

Ben hésita.

— Je ferais peut-être mieux de laisser Tenel Ka l’expliquer. Elle a des rapports des renseignements.

— Tenel Ka est ici ? dit Zekk en s’étranglant.

Ben le regarda comme s’il venait de poser une question idiote.

— Bien sûr qu’elle est là, dit-il. Tu ne pensais pas que le Reine Dragon avait fait tout ce chemin simplement pour m’emmener ?

Jaina se renfrogna et regarda sa mère qui ne paraissait pas du tout surprise.

— Qu’est-ce que j’ai manqué ?

— Désolé, dit Luke. Je ne voulais pas interrompre ton entraînement. Le Reine Dragon est arrivé il y a une heure avec la majeure partie de la Flotte hapienne.

Jaina était désormais très troublée, tout comme Jag, Zekk et les autres. Déplacer une flotte entière jusqu’à une base secrète n’était pas un très bon moyen de la garder cachée.

— Pourquoi la Flotte hapienne est-elle ici ? demanda Zekk.

— Sa Majesté l’expliquera bientôt, dit une des femmes accompagnant Ben avant de s’approcher de Zekk et de passer une main sous son bras. Pendant ce temps, pourquoi tu ne me ferais pas visiter, beau gosse ? Je m’appelle Taryn.

Zekk parut alors à la fois troublé et choqué ; puis son expression s’adoucit.

— Peut-être que nous ferons ça plus tard... Taryn, dit-il en montrant la porte où un gros détachement de la sécurité hapienne escortait Tenel Ka et Allana jusque dans la cour. Pour l’instant, j’aimerais écouter ce que Sa Majesté a à dire.

Taryn parut ennuyée, mais seulement un instant.

— Nous pourrons faire ça plus tard, dit-elle. Mais ne me déçois pas. Nous avons rendez-vous.

— Heu, oui. (Zekk était visiblement perturbé par les manières directes des hapiennes ; il rougit et jeta un coup d’œil à Jaina.) Enfin, si ça ne te dérange pas.

Taryn se tourna vers Jaina, plus pour l’évaluer que pour s’excuser.

— Il est avec toi ?

— Heu, n..., non, dit Jaina. (Zekk parut alors plus mal à l’aise et, par la Force, elle sentit Jag sourire devant le dilemme de la jeune femme.) Il n’est pas avec moi. Nous ne...

— Alors parfait, l’interrompit Taryn. (Elle sourit et pressa le biceps de Zekk.) J’ai de la chance.

Trista roula des yeux.

— Nous sommes censés être en mission, Taryn.

— Ne fais pas la Dug, Trista, répondit sa sœur. Je peux m’amuser tout en travaillant.

Trista réprima sa réplique lorsque Tenel Ka sortit du bâtiment en tenant par la main une belle petite fille aux cheveux roux semblables à ceux de sa mère et au joli nez en trompette. Le cœur de Jaina se serra. Elle voyait sa nièce pour la première fois et sa ressemblance avec Jacen au même âge était frappante. Elle ne comprenait pas comment son père avait pu être à l’origine de tant d’horreurs dans la galaxie alors qu’il avait une telle innocence à protéger. Quasiment tout ce que Caedus avait fait d’autre aurait pu être pardonné, mais comment avait-il pu prendre sa propre fille en otage ?

Lorsque Tenel Ka et Allana arrivèrent, le groupe les laissa passer, mais les Solo ne prirent pas la fillette dans leur bras. Rares étaient ceux qui connaissaient l’identité de son père et, pour son propre bien, Tenel Ka et les Solo désiraient que cela reste ainsi.

— Votre Majesté, dit Luke. Merci de nous rendre visite sur Shedu Maad. Nous sommes honorés.

Tenel Ka sourit et, d’un geste impatient, demanda à tous de cesser de s’incliner.

— Les formalités ne sont pas nécessaires lorsque nous sommes seuls, mes amis, dit-elle. Et nous n’avons pas le temps. J’ai peur de vous apporter des nouvelles alarmantes.

Luke acquiesça.

— Nous nous en sommes doutés en vous voyant arriver avec votre flotte. Que se passe-t-il ?

— Comme Ben vous l’a peut-être rapporté, dit-elle, mon père a été capturé et se trouve à bord de l’Anakin Solo.

Ben ne leur avait pas dit, évidemment, ce qui expliqua sans doute le silence de mort qui accueillit son annonce. Après quelques instants de calme, Ben prit la parole.

— C’est ma faute. Je pensais ne pas être suivi, mais...

— Ce n’était pas ta faute, Jedi Skywalker, dit Trista. Tu nous as dit que tu étais surveillé.

Leia s’avança et prit la main de Tenel Ka.

— Je suis vraiment désolée, Votre Majesté. Si nous pouvons faire quoi que ce soit...

— Peut-être plus tard, Princesse Leia, l’interrompit Tenel Ka. Mais le Prince Isolder connaît l’emplacement de cette base. Apparemment, Dark Caedus l’a obligé à le révéler, parce que l’Anakin Solo a quitté le système de Roche avec la flotte d’assaut des Vestiges.

— Caedus arrive ? demanda Saba Sebatyne en ayant l’air de s’en réjouir. Vous en êtes ssûre ?

Tenel Ka acquiesça.

— Et nous n’aurons peut-être pas le temps d’évacuer. La Patrouille de Brume m’a informé qu’avec de bonnes cartes Caedus serait en mesure d’attaquer le système de Maad dans moins de douze heures.

— Quelles sont les chances qu’il ait les bonnes cartes ? demanda Han.

— Même s’il ne les a pas, la Force le guidera, dit Luke avant de se tourner vers Tenel Ka. Mais je doute que votre père ait dévoilé notre emplacement. Je crois que Caedus nous a trouvés d’une autre façon.

— Laquelle ? demanda Tenel Ka. Seule une poignée de personnes connaît l’emplacement de cette base.

Luke fit avancer Jaina puis montra les taches qu’elle n’avait pas pu nettoyer sur son visage et son cou.

— Vous les reconnaissez ?

Tenel Ka resta bouche bée.

— Ce ne sont pas des brûlures ? (Avant que Luke ou quiconque puisse répondre, elle s’approcha de Jaina.) C’est le sang de Caedus ?

— Je le savais, dit Jaina, de plus en plus mal à l’aise. Cela vient de son bras et ça ne part pas...

— Parce que c’est une piste de sang, expliqua Tenel Ka. Certaines Sœurs de la Nuit se servaient de cette technique pour marquer leurs esclaves afin de pouvoir les retrouver.

Le cœur de Jaina se serra.

— Alors c’est moi qui l’ai guidé jusqu’ici. (Elle se tourna vers Luke.) Et tu le savais ? Pourquoi m’as-tu laissée rester ?

— Je savais que Caedus viendrait, corrigea Luke. Pour moi.

Jaina se renfrogna.

— Mais il m’a vu lui couper le bras, dit-elle. Il doit savoir que c’est moi qui le poursuis.

— Il ssait que vous êtes le Ssabre, corrigea Saba. Une perssonne gagne-t-elle une bataille en brisant le Ssabre ou le guerrier qui le tient ?

Luke se tourna vers Tenel Ka.

— Merci de nous avoir prévenus. Je ne voudrais pas être un hôte désobligeant, mais nous devons nous préparer et nous n’avons sans doute pas beaucoup d’heures devant nous. Peut-être qu’Allana et vous devriez partir tant qu’il en est encore temps.

— Nous restons, tout comme ma flotte, dit Tenel Ka. Si les Jedi tombent, mon trône tombe aussi. Mieux vaut le défendre ici avec des amis que sur Hapes, avec plus d’ennemis dans mon dos que devant moi.

— Ce ssera un honneur, Majesté Jedi, dit Saba. Celle-ci ssera fière de chassser à vos côtés.

Pendant que Luke et les autres commençaient les préparatifs pour la bataille à venir, Jaina tenta de comprendre comment son frère avait pu se servir d’elle. Elle ne voyait pas exactement comment les pistes de sang des Sœurs de la Nuit fonctionnaient, mais elle se disait que l’utilisateur de la Force maintenait, d’une manière ou d’une autre, un lien avec le sang qu’il avait versé et s’en servait pour suivre son bien vivant.

Les doutes que Jaina conservait à propos des quelques traces de Jacen que Dark Caedus possédait encore s’envolèrent. Caedus savait précisément ce qu’il faisait lorsqu’il avait ordonné à ces stormtroopers de dévier leurs tirs. Et son froid calcul après une telle blessure lui faisait encore plus peur que de le voir se relever après avoir perdu son bras. Il n’avait pas voulu que Jaina meure parce qu’il avait besoin d’elle pour accéder aux Jedi.

Lorsqu’elle reporta son attention sur les autres, elle découvrit son père qui la considérait avec un regard triste et plein de sympathie.

— C’est enfin arrivé, hein ? demanda-t-il.

— Ouais, dit Jaina. Je crois que oui.

Ben fronça les sourcils.

— Qu’est-ce qui est arrivé ?

— Son dernier espoir a disparu, dit Leia. Elle s’est aperçue que Jacen est entièrement perdu. Il n’y a plus rien à faire remonter à la lumière.

Jaina acquiesça.

— C’est à peu près ça, dit-elle. J’ai commencé à avoir de nouveau des doutes lorsqu’il a ordonné à ces strormtroopers de dévier leurs tirs. Mais quoi que j’aie cru voir, c’était dans mes yeux, pas dans les siens.

Ben y réfléchit un instant puis demanda :

— Mais comment sais-tu lorsque quelqu’un peut être ramené vers le Côté Lumineux ?

— Il doit d’abord avoir envie de rédemption, dit Tenel Ka. Et Caedus ne cherche qu’à contrôler tout ce qu’il voit. Cela ne sert à rien de croire le contraire, Ben.

— J’ai fait des choses assez horribles, fit remarquer Ben. Et personne ne m’a abandonné.

— Tu as été un peu perdu, petit, dit Han. Cela arrive. Mais tu n’as tué personne de ta famille, ni brûlé des planètes entières.

Jaina jeta un coup d’œil à Luke. Il considérait Ben sans être choqué ni incrédule face à la naïveté de son fils, mais avec fierté. Luke comprenait son fils bien mieux qu’eux, comprit-elle. Quoi que Ben avait fait, cela n’avait rien à voir avec Jacen... ni avec Caedus.

— Ben ? demanda Jaina. Tu parles de Tahiri ?

Ben parut mal à l’aise.

— Je posais juste une question. Comment pourrais-je le savoir autrement ?

— Mais tu dois avoir une raison pour le demander, le pressa Leia. Laquelle ?

Ben regarda par terre et poussa un soupir en tentant de rassembler ses pensées ; ou son courage. Il finit par dire :

— Je crois que Tahiri détestait ce qu’elle a fait.

— Tuer Shevu ? demanda Leia.

— Oui. Et me torturer. Elle a presque... (Ben se tut et serra les dents en se rappelant de quelque chose qu’il ne voulait pas partager.) Tahiri a tout tenté pour éviter de me faire du mal. Et lorsque Shevu est mort, elle s’est sentie très mal. Elle n’est pas comme Caedus. Pas encore.

La réponse vint d’un endroit inattendu, de la bouche d’une petite fille près de Tenel Ka.

— Le Jedi Jacen aime faire du mal aux gens, dit Allana. Il me fait peur.

Jaina frissonna. La propre fille de Caedus avait peur de lui à présent. Le Jacen Solo avec qui elle avait grandi n’aurait jamais voulu cela.

Elle s’accroupit devant sa nièce et prit ses petites mains dans les siennes.

— Il ne te fera plus jamais peur, Allana. Je te le promets.

Allana parut en douter.

— Tu le jures vraiment ?

— Oui, dit Jaina. Je le jure vraiment.